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PHILIPPE, GOÉLAND OU
MAJESTUEUX FOU DE BASSAN Rappelez- vous : ses yeux bleus / gris, comme mer un jour de ciel mitigé ! Des yeux mouillés et vifs dans une bonne bouille gourmande ! Rappelez-vous ses lèvres qui exprimaient l’envie de manger et de boire en riant, en chantant de tout (en particulier Boby Lapointe !). Rappelez-vous ses jeux de guitare, ses improvisations et même ses essais à la bombarde au son strident à ne pas écouter dans une trop petite pièce. Rappelez-vous ses histoires qui nous amusaient tant et qui le faisaient rire lui-même. Un être bon et bien vivant, tout en accueil. Un être toujours heureux dans la fête, le partage de bons mets et de bons crus ou, plus simplement d’une bière. Un généreux malicieux, délicieux. Bienvenu-es était sans doute le mot qui le dessinait le mieux, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir une dent dure pour les tristes figures de droite, les profiteurs, les fiers à l’égo surdimensionné qui pétaient plus haut que leur cul ! S’il fut un oiseau il aurait été goéland ou, plus majestueux encore, Fou de Bassan. Ces oiseaux de mer qui savent se faire entendre, à l’affût de tout ce qui nourrit. Des oiseaux aux grandes ailes de liberté, jouant avec le vent, même, et peut être surtout avec les vents contraires. Toujours vivaces, fins observateurs. Il fut homme, marin, rêveur de grands espaces et de grandes libertés. Et quel créateur, faisant jouer ensemble verre, couleurs et lumières, tels d’éternels et inséparables potes ! Merveilleuses fusions, sources du beau. Œuvres de fragilité et de solidité ! Qui d’entre nous n’est passé le voir faire, concentré ou gouailleur. A proximité, dans le magasin, se tenait souvent Sylvia, elle-même affairée à ses propres créations. Ses yeux bleus laissaient passer son émerveillement, ses préférences. Complice dans la création, il l’était avec Sylvia, sa bienaimée. Sylvia qui a la beauté et la liberté de la mouette rieuse ! Tous les deux donnaient envie de tout regarder, d’acheter pour soi-même ou pour offrir. Que de colliers, de boucles d’oreilles, de vases, de plats, de verres, d’œuvres insolites ont donné et donnent encore de l’éclat aux personnes, aux tables et aux maisons intimement éclairées de lampes harmonieusement bariolées. Chaque fois que je mets un de tes verres à disposition de convives, je parle de toi Philippe. Je les invite au respect, à la prudence de leur utilisation, tant ils me sont précieux ! Je parle de vous deux chaque fois que je mets sur la table ce plat bleu que Sylvia voulait garder pour vous. Chacun de vos objets émerveillent leurs utilisateurs. Ils perdent alors le statut d’objets, qu’ils n’ont jamais eu pour moi. Ils deviennent cadeaux partagés. Chaque fois que j’allume une de tes lampes, dans l’intimité de ma chambre, il en émane une douceur apaisante ! Chaque fois que je rencontre une femme qui porte collier et/ou boucles d’oreilles nés de tes mains, je me réjouis de ton abondante et harmonieuse imagination. Sacré goéland ou Fou de Bassan, Philippe ! Tu as pris bien trop tôt ton envol radical. Nous, nous sommes au sol. Toi, tu es quelque part, très haut, au-delà de l’arc en ciel. Vole, vole, au-dessus des bateaux, au gré des alizés. Qu’ils soient, pour toi, vents porteurs de ton heureuse éternité ! Fais-nous entendre tes cris de joie, aux couleurs de bombarde. Chante-nous ces airs intemporels qui nous feront quitter le rivage et nous élever pour découvrir des raisons d’espérer. Fais-nous sentir le vent de tes ailles pour nous aider à voler nous-mêmes libres et fraternels. |
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