AR VAG Grussanot -  CHANTER LA MER ET LES GENS DE MER

Depuis 10 ans AR VAG GRUSSANOT chante les marins : par filiation pour moi, par amour de la mer pour certains d’entre nous, pour le plaisir de chanter joyeusement ensemble pour nous tous !

Nous ne sommes pas en formation de chorale, ce qui induirait de chanter à plusieurs voix.

Plus modestement nous sommes un groupe de chant qui privilégie l’unisson, sans exclure l’aventure à deux voix (hommes / femmes).
 

Nous sommes aussi très soucieux de l’harmonie et du beau !

D’où l’idée de mettre en scène une cantate de la mer et des gens de mer pour fêter nos dix ans. Quelle audace !

Les gens de mer, ce sont bien sûr les marins, mais pas uniquement ! Réduire les gens de mer aux seuls marins serait ignorer les femmes, les enfants de marins, les constructeurs de bateaux, les exploiteurs de navires et d’équipages, les petites et grosses mains d’entretien à terre, les patrons d’usine, les équipementiers, les hommes et surtout les femmes qui mettent en boîtes les conserves qui éveillent nos papilles !

Si nous nous cantonnions aux chants de bord, les femmes n’auraient pas de place dans notre groupe.

 Les chants de bord, dont on trouve les premières traces écrites au quinzième siècle, sont des chants de marins, donc des chants faits par des hommes pour des voix d’hommes.

Mais les marins se pensent en marins (affaire d’hommes) mais aussi en « famille ». La famille des marins c’est bien sûr femmes, nombreux enfants, aïeux, parenté, copains. C’est aussi usines, bistrots, fournisseurs, armateurs, ateliers de bateaux. Toute cette « famille » se chante ! Hommes et femmes ont donc légitimité à être ensemble.

Heureux d’être hommes et femmes chantant ensemble, nous vous invitons à partager notre évocation de tous les gens de mer dans des chansons que nous vous offrons comme une invitation à la découverte de la vie maritime au travers du temps : chansons de bord et de bordée, chansons des gens de mer qui restent à terre et chantent leur vie, leurs combats, celle de leurs marins / héros, sans oublier les chants de la mer vue de terre.

 La plus part des chants de marins datent du temps de la marine à voile. Ces chants n’étaient pas écrits mais transmis oralement de génération en génération. Ils ont été collectés et sauvés de l’oubli en 1927 par le commandant Armand FAYET. Il déplora alors la victoire du bateau à vapeur sur celui à la voile, craignant la disparition de ce dernier. Il s’est fort heureusement inquiété à tort !

 Les chants de bord ont été « édulcorés » pour les rendre acceptables par les autorités militaires et religieuses, tant pouvaient être crues des paroles qui exprimaient pourtant la vie réelle des marins à travers le ressenti qu’ils en avaient !

Traversant les mers, les ports, les familles, ils ont aussi été adaptés aux circonstances autant qu’aux gens.

Les chants d’usine, les chants de lutte, sont beaucoup plus récents (20ème siècle).

Cette tradition d’adaptation à l’évolution des métiers et aux évènements nous donne le droit de continuer cette pratique ancestrale pour évoquer nos lieux, bateaux et les hommes et femmes d’aujourd’hui!

Surprenante cette capacité de chanter pour des hommes et des femmes dont la vie était surtout faite de luttes et de privations!

Sans doute faut-il en chercher l’explication dans l’intensité de la vocation des marins (pas toujours librement choisie), dans leur amour du métier, dans leur capacité de dépassement des souffrances physiques et des angoisses morales, dans leur dévouement absolu ! Tout cela répondait très certainement à une obligation de survie. Sans doute aussi les gens de mer puisent-ils leur inspiration dans la solidarité du peuple de la mer

Rendez- vous compte, jusqu’à la moitié du vingtième siècle, on devenait mousse en mer à l’âge de douze ans! Ce fut le cas de mon père. Epoque heureusement révolue sur notre continent ! Mais combien de gamins de cet âge, et même plus jeunes, travaillent-ils aujourd’hui encore, miséreux, pour notre confort ?

Au-delà des chants de bord, il fut un temps, qui dura jusqu’au vingtième siècle, où l’on chantait en travaillant dans les chantiers et les usines, dites « fritures » (allusion à la cuisson à l’huile du poisson avant mise en boîtes).

La victoire des bateaux à vapeur sur la marine à voile, celle de la mécanisation, puis de la robotisation des navires, des chantiers navals et des fritures a rendu inaudibles ces chants qui aidaient à tenir la cadence au travail, en mer, au port et en usine!

Heureusement demeure vive la création continue de chants qui disent la nature et la vie des gens de mer. Dégagés de toute nécessité pour accompagner le travail, les chants d’aujourd’hui continuent de transmettre les émotions, les craintes et les plaisirs !

La peur d’une disparition des chants anciens et de la fin de la création de chants nouveaux qu’exprimait le commandant Armand FAYET est heureusement transcendée par notre capacité de mémoire pour rendre hommage et par notre désir de chanter le présent !

Merci aux anglais qui ont tant écrit et chanté des chants de bord et qu’en bons français nous en avons retraduit bon nombre d’expressions ! Notre « hourra » n’est en effet que la traduction de leur « hurrah » ! Ces marins chanteurs anglais s’appellent les Shanties.

Allez, embarquez maintenant avec nous pour partager notre cantate des gens de mer !

Ce faisant, vous honorerez le peuple marin d’hier et affirmerez la force des gens de mer d’aujourd’hui.

Chanter la mer et les gens de mer c’est avant tout retracer une vie en quatre temps :